LES JOURNAUX NORD-AMERICAINS A L’AGONIE?

3 Fév

 

Ces derniers temps, les études et les audits pleuvent: la presse papier américaine va mal. Très mal. Les titres ne se vendent plus, les encarts publicitaires trouvent de moins en moins preneur, et on licencie à tour de bras. Internet est souvent pointé du doigt comme étant le grand responsable de cette crise. Et si la cause en était aussi l’antidote?

 

L’Apocalypse en chiffres

L’état des lieux est édifiant! Depuis 2005, la presse se meurt et les ventes régressent.  Pour la période du 30 avril au 30 septembre 2009, 379 quotidiens ont diffusé 30,4 millions d’exemplaires, ce qui représente une baisse du tirage  de 10,6% en moyenne par rapport à 2008 (sources: Audit Bureau of Circulations). La première conséquence: les journaux peinent à faire rentrer des liquidités. Les revenus publicitaires sont en chute libre. Ils sont passés sous la barre des 24 milliards de dollars, soit la moitié des 49,4 milliards engrangés en 2005. La presse d’information  n’a plus le monopole des supports publicitaires . Et la hausse des revenus de la pub en ligne [ 803,4 millions de dollars soit +8% sur un an selon CBnews.com] ne suffit pas a stopper l’hemorragie.

Alors forcement, les directions font des coupes budgétaires. Plus de 3775  postes ont été supprimés l’an passé, aux Etats-Unis, selon le blog Paper Cuts, repris par ledevoir.ca. C’est 30% de perte de plus que l’an dernier alors que les quotidiens américains avaient deja éliminé plus de 2920 emplois. Pour mesurer l’ampleur de la crise, Paper cuts a crée un site internet qui denombre en temps et en heure les licenciements dans les titres américains et localisent les victimes. Cette tendance à la réduction drastique ne présage rien de bon pour la survie des journaux papier.

 

Chronique d’une mort annoncée

Ces constats sont alarmant pour les spécialistes médias.  Les Mayas ont annoncé la fin du monde pour 2012, Ross Dawson prévoit quant a lui l’extinction des journaux américains et canadiens en 2017 et 2020. Pas sûr dans ces conditions qu’on renouvelle nos abonnements. Alors bon, l’homme a beau accompagner ses prédictions d’une carte pleine d’aplats de couleur et de hachures et d’un dossier chiffré, il ne se décrit pas moins comme « futurologue ». Pas très sérieux, surtout pour un éminent analyste financier. Certains sourient même à la vue de cette prophétie. Et pourtant le Nostradamus 2.0 n’est pas le seul a prédire une funeste fin à la presse quotidienne papier. C’est un scénario sur lequel la plupart des spécialistes s’accordent.

L’école Annenberg de l’University of Southern California (USC) va faire paraitre dans la foulée, un rapport  intitulé «Is America At a Digital Turning Point?». Ce travail de dix ans interroge les mutations en cours et leurs effets contradictoires, dont la surproduction d’informations insignifiantes par les médias sociaux et l’asservissement des journalistes par la télé-production. « Les seuls titres imprimés qui survivront seront ceux qui sont aux extrêmes – les plus gros et les plus petits », analyse le patron du Center for the digital future, Jeffrey Cole. Il se questionne par ailleurs sur le devenir des héritiers de Joseph Pulitzer : « Est-ce que les organisations médiatiques survivront et prospéreront en devenant des pure players? Dans quelle mesure la livraison de l’information affectera la qualité du journalisme? » 

Pour Jack Shafer, de Slate.com«il est temps de tuer l’idée selon laquelle les journaux sont essentiels pour la démocratie.»  Editors and Publishers  indique que 81% de la population estiment qu’il y aura toujours un besoin pour une information sur papier. Mais 50%  récupèrent la plupart de leurs infos sur le Net désormais.

 

La carte de Ross Dawson: Les Etats-unis n'ont que 5 ans de répit

 

Heurs et Malheurs des grands titres.

Les valeurs sûres de la presse nord-américaine devraient survivre au déluge. Leur force? Une bonne adaptation aux nouvelles attentes des lecteurs et surtout au profil du nouveau consommateur type. Le NewYork Times tire ainsi son épingle du jeu. Avec une nouvelle rédatrice aux commandes depuis le printemps 2011, le NYT a modifié sa relation au web-journalisme et se tourne désormais volontier vers la toile. Le site internet du journal a lancé début décembre une nouvelle formule, en y intégrant notamment les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Le but est d’en faire une agora moderne. Et pour le moment, ça marche fort. Le paquebot de Times Square semble avoir redressé la barre. Pour le reste, les titres qui n’ont pas su prendre le virage du numérique plongent. Le Journal de Montréal a licencié quatre employé sur cinq. Quant à La Presse, le grand quotidien montréalais, il s’est resolue à abandonner progressivement son support imprimé pour survivre grave à sa version digitale.  

Les grands bastions de la presse canadienne et américaine ont cinq ans pour faire mentir les prophètes de l’apocalypse journalistique. Le compte à rebours avant que les rotatifs ne cessent de fonctionner est en marche. Et pour réconforter les férus de la presse désœuvrés par cette annonce, voici quelques autres exclusivités. L’étude menée par le Center for the Digital Future prévoit en outre la disparition des ordinateurs fixes et la fin de la vie privée. Rien que ça.

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3 Réponses to “LES JOURNAUX NORD-AMERICAINS A L’AGONIE?”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Abandon du papier pour le tout numérique : le pari de La Presse « Horizons Médiatiques / Edition Amérique du Nord - 06/02/2012

    […] une époque où les ventes de journaux papier canadiens battent de l’aile (voir cet article) et où certains prévoient la fin de la presse papier d’ici 2020, le quotidien montréalais […]

  2. Dossier N°4 : La presse nord-américaine face à la crise « Horizons médiatiques - 10/02/2012

    […] Les journaux nord-américains à l’agonie ?, par Maxence Knepper […]

  3. Les Canadiens pas près d’abandonner leurs quotidiens papier « Horizons Médiatiques / Edition Amérique du Nord - 15/06/2012

    […] que la presse canadienne subit elle aussi la crise. Les revenus des journaux sont en baisse et comme aux États-Unis, il faut composer avec ces évolutions. Cela passe par des coupes budgétaires, des licenciements […]

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