CONTROVERSES AUTOUR DU HUFFINGTON POST

4 Jan

Dans quelques jours, le Huffington Post, site de la papesse des médias numériques Arianna Huffington, sera implanté dans toute l’Amérique du Nord: États-Unis depuis 2005, Canada anglophone depuis mai 2011 et dès la fin de ce mois au Canada francophone. Le Québec s’apprête en effet à inaugurer la version Montréalaise du très prestigieux pure player made in USA. L’occasion de s’arrêter sur les critiques qui déferlent sur ce très médiatique cyber-journal. 

Pour faire bref, le Huffington Post est un pure player qui fournit des articles originaux mais aussi du contenu provenant d’autres sources journalistiques et une zone participative. Il est indéniable que ce pure player à la mode fasse de l’ombre aux grands journaux, dont l’américain New York Times, le canadien Globe and Mail ou encore le québécois la Presse. Cette concurrence, si elle fait grincer des dents, est le jeu normal du pluralisme médiatique et accentue l’offre de services aux lecteurs. Ce qui énerve les milieux journalistiques, c’est d’abord le débauchage de collaborateurs des médias traditionnels. La version new-yorkaise du site a ainsi captée l’ancienne directrice de CBSnews.com. Quant au petit frère canadien il a frappé un grand coup en récupérant Kenny Yum, l’ancien rédacteur en chef du fameux journal torontois Globe and mail. Le bulldozer-post poursuit son chemin jusqu’à Montréal où à coup sûr certains professionnels quitteront leur rédaction à l’appel de la sirène Arianna.

 

 

D’autres controverses ont éclaté à l’occasion de la sortie du HuffPost québécois: celle par exemple de signatures politiques dans ses colonnes digitales. C’est une pratique dejà courante sur la version de l’oncle Sam. Des élus, des activistes et des intellectuels y tiennent des blogs hébergés sur la plateforme HuffPost. Il y publient des papiers d’opinions et des commentaires d’actualité. Le site d’information en ligne affirme recevoir en ce moment des demandes de collaboration québécoises par dizaines. Et ce, même si les blogueurs devront travailler à titre gratuit, selon le modèle du grand frère américain. Les dirigeants du parti écologiste  Québec solidaire et Yves-François Blanchet du Parti Québécois (parti souverainiste) étaient pressentis pour tenir gracieusement des blogs sur le portail du site. Ces participations ont d’abord dérangé car elle consistent en des tribunes idéologiques à grande visibilité. Mais c’est surtout l’encouragement du travail gratuit qui a poussé Françoise David et Amir Khadir (Québec solidaire) à renoncer à ce partenariat. Arianna Huffington a en effet vendu l’an passé sa florissante entreprise au géant américain AOL pour la somme de 315 millions de dollars. Le problème, c’est que les centaines de blogueurs anonymes ou célèbres n’ont pas touché un cent dans cette affaire et continuent à œuvrer bénévolement. C’est pourtant eux qui ont fait la fortune et le gloire du titre. Le syndicat américain Newspaper Guild a d’ailleurs appelé ces auteurs à cesser de fournir leurs contenus gratuitement.

Une fronde journalistique est menée en ce moment contre l’arrivée du HuffPost: Patrick Lagacé de La Presse, Simon Jodoin de Voir, et Stéphane Baillargeon du Devoir.com mènent la bataille médiatique avec comme arguments principaux les points que nous avons déjà développé. Ils y ajoutent le manque de sérieux des articles présentés dans l’édition américaine. « Huffington Post est un agrégateur. Il produit un minimum de contenu original et cannibalise un maximum de contenu produit hors de ses serveurs. […] Parfois, le site d’AOL fait des manchettes criardes avec un paragraphe tiré d’une chronique d’un commentateur américain. Tout est sujet à manchettes, pour le HuffPost, il faut nourrir la bête » commente Patrick Lagacé sur son blog hébergé par La Presse.  «Le contenu, en grande partie basé sur une grande agrégation et des armés de blogueurs non payés, est médiocre, mais personne ne s’en soucis», relevait le spécialiste des pages médias du Guardian dans l’édition du 19 décembre. Le journaliste américain s’étonne aussi de l’alliance entre le site et des médias de renom, dont le français Le Monde et l’espagnol El País. «C’est aussi appétissant qu’une alliance entre Alain Ducasse et McDonald’s», conclut le journaliste.

Se contenter de relater les avis tranchés des professionnels serait fermer les yeux sur l’opinion des lecteurs. Dans les commentaires laissés sur ces articles, on retrouve beaucoup d’incompréhension : « Gros malaise, cette histoire de HuffPostQC que les journalistes essaient de descendre depuis quelques jours pour protéger leurs acquis. » peut-on lire sur le blog de Lagacé.

La déferlante scandaleuse du Huffington Post, devrait bientôt toucher l’hexagone: Anne Sinclair est pressentie pour devenir la future rédactrice du site tricolore, les remous de la controverse commence déjà a toucher les côtes françaises.

 

 

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2 Réponses to “CONTROVERSES AUTOUR DU HUFFINGTON POST”

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  1. Le Huffington Post débarque au Québec. « Horizons Médiatiques / Edition Amérique du Nord - 05/01/2012

    […] et à un contenu produit en grande partie bénévolement (cf l’article de Maxence Knepper Controverses autour du Huffington Post). Mais outre les polémiques qu’il génère, le HuffPost Québec pourrait bien avoir de quoi […]

  2. Dossier N° 1. Le Huffpost à la conquête du monde « Horizons médiatiques - 06/01/2012

    […]  Controverse autour du Huffington Post, par Maxence KNEPPER –    Le Huffington Post débarque au Québec, par Nourhane BOUZNIF –   […]

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